Cette déclaration est tirée de la « Transphobie n’est pas mon style. »
Je m’appelle Adonis, personne Agener non binaire, AFAB (assignée femme à la naissance). J’ai 25 ans, mes pronoms en français sont « elle », et en anglais « you/elle ». Je poursuis des études en sexologie à l’université et j’interviens auprès de la communauté LGBTQ. Et je l’avoue sans détour : collectionner les bandes dessinées est une vraie passion.
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Mon quotidien gravite autour de mon cercle social, universitaire et professionnel. Avec ma famille, je n’ai jamais ressenti l’urgence ou le besoin d’aborder mon identité de genre, à l’exception de ma sœur, elle, a accueilli la nouvelle avec simplicité. Je me sens en paix avec la manière dont mes proches me perçoivent. Depuis un changement social effectué en 2017, je n’ai pas souhaité entamer de transition médicale (hormones, opérations) ou administrative (modification du nom ou de la mention de sexe). Ce qui compte à mes yeux : que mon entourage emploie des pronoms et accords neutres. Rien de plus, rien de moins.
Comment s’est passée la prise de conscience de ta non-binarité ?
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À 15 ans, je me suis penché sur la question du genre et j’ai commencé à interroger mon identité. J’ai brièvement adopté le terme bigender, plus précisément « Demigirl », un mélange de féminin et d’autre chose, avant de repousser le sujet. Je m’efforçais de me voir comme une femme cisgenre, sans trop me pencher sur les questions d’identité, par crainte de ce que cela impliquerait.
En côtoyant des personnes non binaires ou en questionnement, le sujet s’est peu à peu imposé dans ma vie. La rencontre avec une personne non binaire AMAB (assignée homme à la naissance), dont l’expression de genre était très masculine, a été décisive. Nos échanges sur l’identité de genre ont réveillé mes propres interrogations. Rapidement, j’ai compris que je ne me reconnaissais ni dans la case femme, ni dans la case homme. La notion d’Agener m’a parlé : une identité détachée de toute référence au genre.
Grâce à mon ami·e, j’ai compris qu’être non binaire n’implique pas forcément une apparence neutre ou androgyne. Mon rejet des normes de genre et de l’identité de genre n’exige aucune transformation de mon apparence. Je peux très bien être vue comme une femme et me sentir agender. Cette liberté m’a permis d’assumer mon identité sans m’imposer de changement physique.
Quelles réactions as-tu rencontrées dans ton entourage ?
La première personne à qui j’ai parlé ouvertement de ma non-binarité (hors mon partenaire) a été ma compagne. Je lui ai confié mon ressenti : je ne me reconnaissais pas dans l’identité féminine, je me sentais non binaire. Je n’ai pas appréhendé la discussion, mais une petite voix me soufflait que peut-être, elle ne pourrait plus m’aimer en tant que lesbienne. Finalement, sa réaction m’a bouleversée : elle a immédiatement cherché à savoir quels pronoms et quels termes j’aimerais qu’elle emploie. Ce simple échange m’a donné confiance et renforcé notre relation.
Pour le reste, mon quotidien n’a pas fondamentalement changé. Je poursuis mes activités, vois les mêmes personnes. Le seul ajustement concret : mes pronoms en anglais figurent désormais dans la signature de mes emails.
Comment gères-tu les situations où l’on ne te reconnaît pas comme non binaire ?
Je suis souvent confrontée à cette incompréhension. Mon expression de genre reste très féminine : maquillage, vêtements… Beaucoup me voient comme une femme cisgenre et m’interpellent avec des formules féminines. Seules les personnes proches, qui connaissent mon identité, évitent ces maladresses. Être ignorée ou mégenrée me fait douter : parfois, je me dis que si mon apparence était plus androgyne, cela arriverait moins souvent. Ce sentiment d’invisibilité peut être pesant.
Quand on m’appelle par des termes féminins, je corrige en douceur, en demandant simplement d’utiliser mon prénom (par exemple : « Adonis aime les romans graphiques »). Selon le contexte, j’interviens aussi lorsque les pronoms ne sont pas respectés, surtout en anglais. Mais je ne le fais pas systématiquement : il y a des situations où je ne me sens pas en sécurité ou pas à l’aise pour corriger. L’essentiel, c’est que mes proches fassent l’effort de respecter mon identité, et cette évolution se fait progressivement autour de moi.
Mes amis cherchent vraiment à distinguer mon expression de genre de mon identité. Il leur arrive de se tromper, mais ils s’en rendent compte et font leur possible pour rectifier. Un exemple : ma compagne, qui me présentait spontanément comme sa « petite amie », a accepté de changer pour « partenaire ». Aujourd’hui, cette habitude est ancrée.
À l’avenir, j’aimerais contribuer à sensibiliser sur les réalités trans et non binaires, pour que ces questions deviennent naturelles. Permettre aux jeunes de réfléchir à leur identité sans crainte et d’en parler librement, c’est une perspective qui me motive.
Pour découvrir d’autres parcours, notre guide « Transphobia n’est pas mon genre » regroupe de nombreux témoignages inspirants et ressources pour aller plus loin.


