Les banques éthiques à privilégier pour vos finances

Les banques traditionnelles jouent un rôle important dans le financement de projets ayant un impact négatif sur l’environnement et la société. Ils ont été épinglés à plusieurs reprises en raison de leur soutien financier aveugle au secteur des combustibles fossiles. Quelles sont les alternatives si nous voulons éviter de participer à cette grande hypocrisie collective par l’épargne ? déclarations et un aperçu des banques éthiques.

Comment choisir une banque qui ne se contente pas de beaux discours ? Nous avons posé la question à Lucie Pinson, responsable de campagne finance privée chez Les Amis de la Terre. L’association mène ce combat depuis plus d’une décennie, interrogeant régulièrement le public sur la responsabilité des banques françaises dans la violation des droits humains, y compris leur soutien financier au controversé pipeline Dakota Access. Dans un communiqué, Les Amis de la Terre rappellent que quatre établissements français ont injecté des fonds considérables dans ce projet qui suscite une vague d’indignation internationale.

Pour donner un ordre de grandeur, « BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et Natixis » ont contribué à hauteur d’environ 120 millions de dollars pour soutenir ce pipeline. Sur le plan global, les principaux acteurs bancaires français affichent un lourd bilan carbone : « Crédit Agricole, BNP Paribas et Société Générale font partie des 15 institutions qui financent le plus le charbon à l’échelle internationale. Leur implication dans le dérèglement climatique est massive », détaille Lucie Pinson. En déposant notre argent chez elles, nous ne pouvons pas ignorer notre part dans ces enjeux planétaires. Peut-on vraiment se dédouaner ?

Picheur Kris/Flickr

Comment les banques se positionnent-elles sur l’éthique ?

Lucie Pinson précise qu’il existe plusieurs critères pour jauger l’éthique d’une banque, à commencer par ses « activités de financement ». C’est précisément là que la transparence fait défaut. L’« opacité du secteur » rend difficile l’accès à des informations claires sur ce que financent réellement les banques. Pourtant, Les Amis de la Terre ont maintes fois révélé le soutien massif des banques françaises au secteur charbonnier. D’autres aspects entrent en jeu, comme les « pratiques sur les marchés financiers » ou encore le respect des « droits des salariés », qui participent aussi à l’évaluation du comportement des acteurs bancaires. L’éthique ne s’arrête pas à l’environnement ou aux droits fondamentaux ; la stabilité financière entre également en ligne de compte. La crise de 2008, causée par la fragilité de structures bancaires complexes, en est l’exemple éclatant.

Dans ce contexte, il faut rester lucide. Les banques cherchent souvent à redorer leur blason à coup de campagnes de communication. Au printemps 2016, l’Association Française des Banques organisait une rencontre sur l’éthique et la responsabilité. Une initiative qui tombait mal : plusieurs participants venaient tout juste d’être cités dans l’affaire Panama Papers pour leurs activités offshore. Attac n’a pas tardé à dénoncer la supercherie. Lucie Pinson rappelle aussi qu’à la veille de la COP21, « les grandes banques multipliaient les annonces sur leur retrait du secteur fossile ». Pourtant, en 2016, Crédit Agricole et Société Générale se retrouvaient encore impliqués dans des projets charbon en Indonésie. Il s’agit donc d’une véritable bataille d’image. Pourtant, tout n’est pas figé. « En France, nous avons certes des banques qui font partie des pires, mais aussi des établissements 100% éthiques », souligne Lucie Pinson. Amandine Platet, responsable communication à la Nef, insiste : « Changer de banque, ce n’est pas simplement bouger son compte courant ». Les comptes d’épargne représenteraient en France un volume dix fois supérieur à celui des comptes courants. Réorienter son épargne a donc un impact décuplé !

Greg Goebel/Flickr

Vers quelles banques se tourner ?

Une fois les pratiques discutables des grandes banques identifiées, vers qui se diriger ? En France, le classement de l’empreinte carbone place La Nef en tête, suivie du Crédit Coopératif et de La Banque Postale. Si la Nef et le Crédit Coopératif se distinguent par leur engagement, la Nef va plus loin. Elle ne se contente pas de refuser de financer le fossile, le nucléaire ou les agrocarburants : elle mise aussi sur une transparence totale sur ses activités, publiant chaque année un rapport détaillé, explique Lucie Pinson. Même si son champ d’action reste limité, c’est déjà une avancée remarquable.

La Nef, qui ambitionne de devenir une banque à part entière, souhaite élargir son offre pour proposer les mêmes services que les grands réseaux. Amandine Platet précise que la Nef est la « seule institution bancaire française à publier la liste complète de ses prêts chaque année, sans exception depuis sa création ». Elle ajoute que la Nef ne se contente pas d’exclure certains secteurs : elle applique des critères de financement strictement positifs. Seuls les projets à forte valeur sociale, environnementale ou culturelle sont soutenus. Cela va de l’agriculture biologique aux énergies renouvelables, sans oublier des initiatives variées comme l’ouverture d’une librairie ou la création d’un espace de coworking.

En Belgique, le paysage est plus restreint : aucune banque totalement éthique ne propose aujourd’hui une gamme complète de services. Mais de nouveaux acteurs émergent, portés par la volonté d’offrir de vraies alternatives. C’est le cas de NewB, une coopérative qui permet de souscrire à une carte bancaire éthique et écologique. Sa charte met en avant un engagement social, solidaire et durable, avec l’ambition d’élargir son offre. Côté néerlandais, Triodos s’illustre par sa transparence et son appui constant à des projets durables, ce qui lui vaut d’être régulièrement citée comme référence. En Suisse, la Banque Alternative Suisse (BAS) se distingue elle aussi par une politique d’investissement claire, exclusivement orientée vers des projets à dimension sociale et environnementale.

Enfin, plusieurs collectifs citoyens se mobilisent pour faire bouger les lignes, à travers la pression sur les banques ou l’action législative. Les Amis de la Terre proposent une plateforme en ligne pour interpeller sa banque et lui demander de cesser de financer des activités nuisibles. L’organisation 350.org accompagne les citoyens à l’échelle internationale pour réclamer l’arrêt des investissements dans les industries polluantes et la fermeture des centrales à combustibles fossiles. Ici comme ailleurs, la transition ne viendra pas d’en haut : elle s’écrit chaque jour à force de volontés individuelles et d’initiatives collectives.

350.org, Tim Wagner/Flickr