Demain soir, il ne s’agira pas d’un concert de plus sur la longue scène rennaise. C’est toute une époque qui revient cogner à la porte de l’UBU. Les Only Ones, ces Anglais qui avaient disparu des radars avant de se reformer pour deux années fébriles, partageront l’affiche avec Dominic Sonic. Le public est prévenu : ambiance électrique garantie pour l’un des derniers concerts de la saison, avant que l’été ne mette la salle en pause et que la chaleur ne fasse grimper le mercure.
Leur tube « Another Girl Another Planet » n’a pas seulement traversé les décennies : il s’offre même une nouvelle jeunesse dans une publicité. The Only Ones, fidèles à un rock des années 70 qu’ils n’ont jamais vraiment quitté, remontent sur scène avec leur formation de départ. Quatre disques au compteur à la fin des seventies, et une promesse : celle que cette année verra paraître un album inédit. Ici, pas de retour passéiste ni d’autocélébration forcée : les Britanniques imposent leur tempo, sans se soucier d’un goût du jour ou d’un vintage qui capitalise sur la nostalgie.
L’énergie des Only Ones, il faut la replacer dans le contexte d’un Royaume-Uni secoué : 1977, la vague punk n’épargne rien, ni les modes, ni les certitudes. Ces musiciens-là jouaient avec un feu rare, celui qui installe d’emblée un groupe dans le cercle restreint des inclassables. Peter Perrett, le chanteur, cultive depuis toujours une désinvolture rêche qui intrigue autant qu’elle déroute. Les guitares rigoureuses, volontiers planantes de John Perry, se frottent à la rythmique impeccable imposée par Mike Kellie et Alan Mair. On tâtonne pour les comparer, on hésite entre la nonchalance de certains groupes new-yorkais, la démesure des Stones, l’ombre d’une mélancolie tenace. Tout le groupe originel sera sur scène, porté par l’annonce de ce nouvel album tant attendu.
L’autre rendez-vous de la soirée, c’est Dominic Sonic. Ceux qui l’ont vu lors des Rockers ont du Coeur 2008 gardent le souvenir d’un show foudroyant, mené avec une ferveur sans équivalent. Sur scène, impossible de composer ou de masquer la vérité : Dominic Sonic joue tout, donne tout. Là où certains misent sur l’effet de mode, il s’emploie à rappeler ce que veut dire tenir une scène. Accompagné par quelques membres de Bikini Machine, il avait électrisé Rennes comme on ne l’avait plus vu depuis longtemps : un dialogue entre générations, un réveil là où d’ordinaire les platines prennent le relais.
Quand on évoque Dominic Sonic, les qualificatifs abondent, mais aucun n’épuise vraiment son impact sur scène. Figure libre du rock, il impose un carburant brut, sans faux-semblants ni pose calculée. Passé par les Kalachnikov, il s’est construit une identité robuste, maniant la guitare comme une arme pour réveiller les endormis et ressusciter les lassés. Sa présence ne connaît ni pause, ni fichier de consignes.
ATM annonce la couleur : Dominic Sonic revient, cette saison avec Vince le guitariste vintage, pour une configuration resserrée davantage sur l’authenticité. Ceux qui ont fréquenté la scène rennaise à la fin des années 80 s’en souviennent : deux silhouettes, deux guitares, un magnétophone, et soudain, une mythologie entière prend vie. Minimalisme revendiqué, impact maximum, voilà la légende revisitée.
Pour se tenir au courant de la programmation du lieu, la référence demeure le site web Ububu.com pour qui veut garder un œil sur l’agenda rock local.
Demain soir, ce n’est pas juste une date de plus : c’est la mémoire vive de Rennes qui sursaute, la salle de l’UBU qui s’apprête à s’offrir un moment suspendu. Saisir cette chance, c’est accepter que la nuit puisse, parfois, entrer dans l’histoire par effraction.

