Bien-être des infirmiers à l’AP-HP : soutien, logement et organisation

Le bien-être infirmier à l’AP-HP repose sur trois leviers : la santé physique et mentale des soignants, l’aide à la vie quotidienne (logement, garde d’enfants, transports) et l’organisation du travail. Les enquêtes menées auprès du personnel montrent que la fatigue et le manque de reconnaissance pèsent encore lourd, d’où l’intérêt de connaître les recours qui existent réellement.

Ce que les enquêtes disent de la santé des infirmiers de l’AP-HP

L’enquête Aladdin, conduite par l’AP-HP du 15 juin au 15 septembre 2020 dans 39 hôpitaux, a interrogé 1 387 soignants travaillant de nuit. Seuls 38,7 % d’entre eux se déclarent satisfaits de la qualité générale de leur vie professionnelle.

Les infirmiers représentent 52,3 % des répondants et forment le groupe le moins satisfait. Toutes catégories confondues, les répondants citent le manque de moyens, l’insécurité, le besoin de reconnaissance et le manque de perspectives de carrière. Les résultats ont été publiés dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire en 2023.

L’enquête note aussi des points d’appui : 86 % des répondants estiment pouvoir utiliser leurs compétences au travail. Pour comprendre pourquoi l’établissement attire malgré ces difficultés, on peut lire cet article sur l’attractivité du travail à l’AP-HP.

Santé mentale et santé au travail : les recours internes

Un infirmier épuisé dispose de plusieurs portes d’entrée. La première est le service de santé au travail de son établissement, qui peut proposer un aménagement de poste ou une orientation vers un spécialiste.

La seconde est le service social du personnel, présent dans les hôpitaux. À l’hôpital Bichat, par exemple, il se présente comme un lieu d’accueil et d’écoute, tenu à la confidentialité, qui reçoit sur rendez-vous du lundi au vendredi. Il traite le logement, la famille, le budget ou la garde d’enfants, c’est-à-dire les soucis du quotidien qui aggravent l’usure professionnelle.

Les dispositifs de soutien psychologique varient selon les établissements. Le plus simple est de demander à son cadre de santé ou à la direction des ressources humaines ce qui existe sur son site.

Salle de repos calme réservée au personnel soignant

Logement : un levier d’attractivité pour les infirmiers

En Île-de-France, le loyer est souvent le premier obstacle à une embauche. L’AP-HP gère un parc de 9 275 logements, dont 8 506 attribués par son pôle logement, selon le rapport de la chambre régionale des comptes de juin 2022.

Les attributions atteignent environ 600 par an depuis 2016, avec un objectif de 750 par an entre 2022 et 2026. Le recrutement AP-HP présente Loc’APpart Pro pour les métiers en tension et Loc’APpart Jeunes pour les jeunes professionnels, avec des logements temporaires (studios, colocations, résidences).

Les agents titulaires ou en CDI qui remplissent des critères sociaux peuvent aussi être accompagnés dans leur demande de logement social. Une prime d’installation existe sous conditions de ressources.

Garde d’enfants et services aux agents

L’AP-HP compte 46 crèches hospitalières et 9 centres de loisirs, ainsi que des CESU pour régler les frais de garde. Les places sont attribuées par des commissions : à Bichat et Beaujon, elles se réunissent en mars, juin, septembre et décembre, et les dossiers se retirent auprès du service social du personnel.

Un infirmier qui prend son poste doit donc anticiper : une place en crèche ne se décroche pas du jour au lendemain.

L’Agospap, le comité d’action sociale des agents, couvre l’aide sociale, les loisirs et les vacances. Côté transports, l’AP-HP prend en charge 75 % du Pass Navigo, et 100 % pour le personnel de nuit.

Horaires, nuits et organisation des équipes

Le travail de nuit concentre une bonne part des tensions relevées par l’enquête Aladdin. Les soignants de nuit demandent surtout plus de moyens et davantage de reconnaissance, avant même un changement de rythme.

Un infirmier garde des marges de manœuvre : la mobilité interne vers un autre service, le passage du jour à la nuit ou l’inverse, et la discussion avec le cadre sur la répartition des plannings. Ces demandes se préparent, et la direction des ressources humaines en connaît les délais.

Service hospitalier de nuit éclairé par une lampe au poste de soins

Préserver son équilibre au quotidien et préparer la suite de sa carrière

Après une série de nuits, protéger son sommeil et ses jours de repos reste la première mesure de prévention. La formation continue et la mobilité interne permettent aussi de changer de service avant que l’usure s’installe.

Quand le poste hospitalier ne convient plus, l’exercice libéral est une option. Elle passe par l’enregistrement de son numéro ADELI, puis par une souscription à l’assurance professionnelle d’un indépendant.

Pour se faire une idée du quotidien de ce métier, on peut lire ce qui fait le rôle d’une infirmière libérale auprès de ses patients.

Les dispositifs de l’AP-HP ne remplacent pas une organisation du travail qui laisse du temps de récupération, mais ils offrent des appuis concrets pour tenir dans la durée. Le service social du personnel reste le point de départ le plus accessible pour faire le tri.